La traduction entre théorie et pratique

Au sein du CIRTI, la traduction possède trois acceptions liées de façon métonymique : la première recouvre le processus de transfert entre langues, media, cultures et subjectivités historicisées (celles des traductaires ou tout autre agent humain ou non humain investi dans ce processus) ; la seconde définit un produit tangible (textuel ou multimodal) recréant un objet à valeur artistique, littéraire ou communicationnelle, c’est-à-dire un objet « médiat » issu de l’intervention (créative) de traductaires et autres figures médiatrices ; la troisième désigne la pratique traductive dans toutes ses facettes en tant que discipline et profession. Plusieurs de nos membres combinent d’ailleurs leur travail de traductologue avec celui de traductaire, l’expérience venant enrichir tant la recherche que l’enseignement pratique et/ou théorique.

L’interaction entre ces trois acceptions, qui engage un dialogue permanent entre société et subjectivité, d’une part, et entre théorie et pratique, de l’autre, est la clé de voûte qui unit la diversité des recherches menées au sein du CIRTI, déclinée en cinq axes de recherche :

Qu’elle soit processus, (re)création esthétique, transfert culturel, objet de communication ou d’apprentissage, la traduction se tient en équilibre instable entre son pôle d’origine, c’est-à-dire son ancrage linguistique, socio-culturel et auctorial et son pôle de réception traversé lui-même de tensions idéologiques et/ou poétiques particulières. Les développements de la traduction au 21e siècle nous invitent à repenser la traduction à l’aune d’environnements d’étude complexes (plurilingues, asymétriques, multimodaux, post-anthropocentriques) et à dépasser les binarités qui ont traditionnellement structuré son étude (source vs cible, traduit vs non-traduit, original vs copie, écrit vs oral, humain vs machine).  

Axe Didactique de la traduction

Ce nouvel axe de recherche est consacré à l’apprentissage de la traduction et se structure autour de deux thématiques principales :

D’une part, en adoptant notamment l’approche des corpus-based translation studies, cet axe explore l’évolution des compétences traductives en analysant les spécificités des traductions produites par les débutant·es selon le niveau d’expérience. Ces travaux contribuent à affiner la compréhension des mécanismes cognitifs impliqués et à adapter l’enseignement aux besoins spécifiques des apprenant·es.

D’autre part, cet axe s’enrichit de la création de dispositifs didactiques novateurs, tels que le p’TI Journal, destinés à renforcer la formation des traductaires. Ces initiatives visent à intégrer des méthodes favorisant une acquisition efficace des compétences en traduction.

En croisant théorie et pratique, cet axe de recherche a pour objectif d’éclairer les mécanismes cognitifs de la traduction chez les traductaires novices, tout en contribuant à leur formation.

Membres lié·es à l’axe : Magali Claeskens, Anne Debras, Isa Hendrikx, Marie Herbillon, Valérie Maris, Mathilde Mergeai, Perrine Schumacher.

Axe Traduction et nouvelles technologies

La traduction professionnelle est aujourd’hui soumise aux rapides évolutions technologiques. Dans ce contexte, la profession ne cesse de se redéfinir pour s’adapter avec succès à ces changements et aux nouvelles demandes du secteur, favorisant l’émergence de nouvelles pratiques, de nouvelles tâches (localisation de jeux vidéo, pré- et post-édition, TAO appliquée à de nombreux domaines de traduction, y compris la traduction littéraire, élaboration et utilisation de corpus et de mémoires de traduction, etc.), corollaires du développement de nouveaux outils technologiques.

Portée par les récents progrès en matière d’intelligence artificielle, l’avènement de la traduction automatique neuronale et, plus récemment, de puissants chatbots suscite des questionnements d’ordre tant professionnel et éthique que pédagogique. Ainsi, les progrès fulgurants dans le domaine de l’IA en traduction déterminent les nouvelles pratiques traduisantes professionnelles. Un contexte qui pousse invinciblement les traductaires à s’adapter en permanence et les instituts de formation à repenser l’enseignement de la traduction.

Cet axe de recherche explore différents aspects de ces développements technologiques, ainsi que leurs effets sur le produit de la traduction, sur l’acte traductionnel, sur le statut des traductaires et sur les processus cognitifs à l’œuvre. Il se propose également de mettre en lumière les enjeux des évolutions technologiques, qui apportent avec elles leur lot de nouveaux objets.

En effet, l’essor des technologies s’accompagne de nouvelles pratiques médiatiques et culturelles, telles que la localisation de jeux vidéo et autres médias interactifs. Ces médias interactifs posent des défis inédits, car les codes et pratiques qui les définissent connaissent également une évolution rapide. Cet axe de recherche examine donc aussi les enjeux culturels, médiatiques et techniques propres à la localisation des nouveaux objets médiatiques, en particulier numériques.

Membres lié·es à l’axe : Perrine Schumacher, Valérie Bada, Pierre-Yves Houlmont.

Axe intermédialité

La rencontre entre théories et pratiques de l’intermédialité et de la traduction se décline en une variété d’angles d’approche et d’objets d’étude qui interrogent l’intermédialité tant au prisme de la traduction qu’en traduction. Qu’en est-il des affinités conceptuelles entre intermédialité et traduction ? Et que devient l’intermédialité en traduction ? Les membres lié·es à cet axe s’intéressent, selon la typologie d’Irina Rajewsky (2005 : 50-52), à la « transposition médiatique » (ex. l’adaptation cinématographique d’un roman), à la « combinaison de médias » (ex. les comédies musicales) et aux « références intermédiales » (ex. la musicalisation de la littérature).

Membres lié·es à l’axe : Marie Herbillon, Marie Jadot, Pierre Robaux.

Axe transfert, réseaux et figures médiatrices

La notion de transfert couvre un ensemble de pratiques de circulation, de transformation et de resémantisation entre différents espaces géoculturels. Il s’agit également d’une méthode de recherche interdisciplinaire, établie dans un positionnement critique par rapport aux études comparées, qui vise à rendre compte des logiques d’intersection, des vecteurs historiques, réseaux et figures médiatrices qui ont contribué à la circulation des biens, des textes et des idées au-delà des frontières culturelles et linguistiques. Ces réflexions ont donné lieu à deux champs d’investigation au sein du CIRTI.  

1) L’étude des transferts de théories en sciences humaines, en ce compris la philosophie, l’histoire, la psychanalyse, et la traductologie elle-même. Encore aujourd’hui, la discussion autour des théories reste bien souvent confinée à une sphère linguistique donnée, pour la simple raison qu’il n’existe pas de traduction. Ce constat n’est pas surprenant vu que la traduction de textes théoriques exige une double compétence : d’une part, le traducteur doit être parfaitement familiarisé avec les débats qui animent la discipline concernée (et donc être idéalement lui-même diplômé en sciences humaines) ; d’autre part, il doit disposer d’excellentes compétences traductologiques afin de pouvoir résoudre les problèmes épineux auxquels les textes théoriques le confrontent (qu’il s’agisse de terminologie, de références implicites à d’autres théories ou d’allusions à des traditions de pensée propres à la culture source). Dans le transfert de théories, la pratique et la réflexion du traduire vont nécessairement de pair, comme le montrent les travaux réalisés par les membres du CIRTI sur des figures comme Sartre, Freud, de Beauvoir, Meschonnic, Apter, Enzensberger, Sachs-Hombach, Warburg, Wiesing ou encore Darwin.

2) L’étude du processus de transfert. Ce champ de recherche se penche en particulier sur les réseaux et flux de traduction par le biais d’études quantitatives (bases de données et visualisation) et qualitatives (analyse des intermédiaires humains, comme les auteur-rices, traductaires, éditeur-rices, et non humains, comme les préfaces et postfaces, contrats, institutions, politiques de la traduction, etc.). L’étude des figures médiatrices permet de mieux appréhender les contextes sociaux, historiques et discursifs où s’est opérée la pratique de la traduction et de rendre aux traductaires, souvent invisibles, la visibilité qui leur est due. Les travaux des membres du CIRTI analysent diverses constellations, des mouvements de l’avant-garde latino-américaine des années 1920-30 aux séminaires de traducteurs initiés par Günter Grass à la fin des années 1970, en passant par les transferts littéraires intrabelges et les flux de traduction de l’œuvre de Georges Simenon.

Membres lié·es à l’axe : Clémence Belleflamme, Elisabet Carbó Catalan, Delphine Coppin, Anne-Cécile Druet, Maud Gonne, Céline Letawe, Thea Rimini, Elies Smeyers, Claus Telge, Vera Viehöver, Patricia Willson.

Axe La non-traduction : stratégies d’évitement de la traduction et rapports de force

À partir du XVIIIe siècle, l’émergence des langues nationales en Europe a intensifié les tensions entre monolinguisme et multilinguisme, ce dernier étant perçu comme une menace pour l’identité des États-nations en devenir. La production littéraire, le discours scientifique sur le multilinguisme et la politique linguistique de l’époque furent marqués par ce nouveau paradigme. L’axe de recherche « non-traduction » analyse la manière dont les méthodes et pratiques discursives transgressent cette nouvelle antinomie monolinguisme/multi- et plurilinguisme. Par « non-traduction », nous entendons les stratégies littéraires et linguistiques qui cherchent à éviter le processus de traduction : la création des langues universelles autour de 1900 ; les poétiques universelles dans le mouvement littéraire du futurisme ; la genèse de textes au plurilinguisme dissimulé dès le XIXe siècle. Néanmoins, la problématique en creux reste la présence, même par son évitement, du traduire et du contournement idéologique de sa nécessité. À l’instar des traductions, ces nouvelles stratégies de « non-traduction » construisent des déséquilibres de pouvoir, dus entre autres à la question d’inclusion ou d’exclusion dans les langues et littératures nationales. L’axe de recherche « non-traduction » se propose d’étudier les dimensions politiques, idéologiques et littéraires du non-traduire.

Membres lié·es à l’axe : Léa Mélot, Myriam-Naomi Walburg.

modifié le 09/12/2025

Partagez cette page

cookieImage