Traduction et arts plastiques

 

Mercredi 21 mars 2018, de 14h à 17h

ULiège, Salle de l'Horloge, Place du 20-Août 7-9, 4000 Liège

 

La traduction d’un texte peut-elle prendre la forme d’un objet d’art ? C’est la question qui traverse les œuvres plastiques d’Elise Aru, conçues comme traductions de poèmes surréalistes et permettant par le toucher de faire l’expérience de l’original. Elle échangera avec Agathe Mareuge, spécialiste de la poésie plurilingue des avant-gardes européennes.

 

 

 


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Arp, sculpteur-traducteur « concret »

« Les mots ont gardé pour moi toute une nouveauté, un mystère. Je les manie comme un enfant des cubes. Je les palpe, je les contourne – comme des sculptures. Je leur attribue un volume plastique qui ne dépend pas de leur signification. » Cette déclaration du poète Jean Hans Arp dans un entretien avec Jean Clay en 1960 sera le point de départ de nos réflexions consacrées à sa pratique de traducteur, considérée à la fois comme paradigmatique de sa poétique, et comme un avatar de son activité de sculpteur.

 

Nous lirons ensemble quelques exemples de traductions produites par Arp : traductions en allemand de poèmes de Jean Cassou, ou auto-traduction de poèmes allemand en français. Dans ce que l’on peut appeler ses « concrétions » de mots (à l’image de ses concrétions de pierre, de plâtre, de marbre ou de bronze), il s’agit pour Arp traducteur de laisser parler la matière, verbale comme plastique. Pour cela, le sculpteur-poète met en place un dispositif au sein duquel il laisse agir comme co-auteur le hasard compris comme « Zu-Fall », « ce qui échoit à l’homme ». Par là, l’«art concret» plastique de Arp peut aussi être décelé dans ses traductions poétiques, qui font du poète dada un précurseur de la poésie concrète.

 

Biographie

Agathe Mareuge est Maître de conférences en études germaniques et médiation culturelle à l’Université Paris-Sorbonne. Elle poursuit à l’Université de Zurich un projet de recherche consacré à la réinvention et à l’héritage de Dada après 1945 (post-doc SNF, dir. Sandro Zanetti). Sa thèse (à paraître aux Presses du Réel) était consacrée à l’œuvre poétique tardive de l’artiste et poète bilingue Jean Hans Arp.

Publications : https://paris-sorbonne.academia.edu/AgatheMareuge

 


Elise Aru

« Traduction et arts plastiques », telle une rencontre fortuite sur la table du laboratoire…

En voilà une rencontre qui pourrait paraître inhabituelle, où mots, formes et volumes se mêlent de traduction – ou bien s’emmêlent-ils ?

 

Reprenons le fil de ma pratique, au cours de laquelle la traduction est devenue un espace multi-sensoriel où les textes passent d’une langue à une autre, et où la page devient matière et objets. Il faut établir un état des lieux pour comprendre de quelles manières les mots, leur graphie, et les volumes se mettent au service de la traduction afin de négocier forme et sens. Ces traductions-objets, que les catégories textuelles ne permettent pas toujours de clairement classifier, invitent le lecteur-spectateur à concilier à la fois lire et voir, ou plutôt lire tout ce qu’il voit. Et peut-être plus encore. La lecture à laquelle celui-ci est convié est plurielle, le texte se joue de manière subjective et, dans une certaine mesure, intime.

 

Cet éclairage sur des formes de traduction inhabituelles appelle à la table des discussions la définition de la traduction, et plus particulièrement les normes et les formes qui semblent la gouverner. Alors que les arts ont su afficher leur pluralité, c’est sur un substantif au singulier que pèse le poids d’une tradition et de conventions établies dans un champ où les pratiques se diversifient.

 

Bio

Elise Aru est traductrice et artiste. Après des études en traduction à l’University of East Anglia et une thèse à University College London, elle poursuit ses expérimentations en matière de traduction intersémiotique. Sa pratique est basée sur le détournement d’objets du quotidien pour traduire la poésie en poème-objets. Elle a participé à plusieurs expositions, et notamment TransARTation!Wandering Texts, Travelling Objects au Royaume-Uni.

 

Dans ses publications, elle explore les liens entre la traduction et le ludique : ‘When Translating becomes a ludic activity’, ‘Ludicity in Surrealism and in Translation’. Plus récemment, elle a publié ‘Prière de toucher, la traduction’, dans le supplément Traduction au journal En attendant Nadeau. Site internet : www.elisearu.com